Kangura No. 16

Permettez-Moi de Vous Confier un Message Pour Christophe Mfizi, Ex-Directeur de l’Orinfor

Mutsinzi

Lui-même n’a pas compris. Il s’agit de Christophe Mfizi. Ce qu’il n’a pas compris, c’est sa réaffectation. Il n’a pas été démis, mais il a été appelé pour d’autres fonctions. Il reste Directeur Général (au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique) chargé des Beaux Arts et de la Culture. Il ne lui manque rien sauf peut être la « 504 » équipée de vitres à la mode, communément appelées « fumées ».

Je n’ai rien contre lui. Toutefois là où il se trouve au Ministère, il devrait jeter un coup d’œil sur son passé et se rappeler qu’il est un fonctionnaire comme tant d’autres, qu’il n’est pas un demi-dieu, qu’il n’est pas le seul intelligent, et qu’il n’a pas été créé pour gouverner.

Ceux qui ne connaissent pas cet homme l’ont entendu à la Radio ou ont lu ses écrits ; ils ont été impressionnés par son bon français (son éloquence) ou bien ses écrits qui ne sont pas à la portée de tout le monde comme il le souhaitait.

Pourtant si on révélait le secret des abeilles, personne ne mangerait de miel. C’était un homme qui croyait que Orinfor (Etablissement Public) était son héritage. Cela se remarquait dans sa façon de gérer cet établissement qu’il considérait comme son propre ménage. Commençons par le personnel : Orinfor se nommait Orimfizi car on dirait qu’il avait fait de cet établissement sa propriété ; il se caractérisait par un personnel pléthorique qui ne fournissait aucun apport à l’établissement puisque beaucoup d’entre eux n’étaient que des flatteurs. Celui qui ne savait pas flatter était condamné. Personne n’ignore les intrigues à l’Orinfor, intrigues soutenues par son ex-directeur qui exigeait de son personnel qu’il vienne chaque semaine lui souhaiter une bonne fête de Noël et les vœux de Nouvel An plusieurs mois après que l’année a commencé.

Il se comportait comme un roitelet (s’il est hutu). Disons plutôt qu’il se comportait comme un roi s’il est tutsi puis qu’il les aimait comme on aime une vache unique, Le personnel était divisé: il y avait des favoris, le personnel ordinaire, et le personnel qui semblait être banni par le roi. Cela se remarquait surtout lors de l’évaluation du personnel, attributions de prêts ou attributions de missions de reportage ou même de stages de formation. Personne ne s’était encore indigné de voir un fonctionnaire qui n’avait même pas travaillé pendant un mois entier s’octroyer un prêt avant les collègues plus anciens dont le seul crime était de ne pas être dans les petits papiers du chef

Ce favoritisme était parfois exagéré. Lyon citerait a titre d’exemple le cas de la célèbre Agnès Murebwayire. Le service chargé de la distribution de prêts au personnel a calculé le montant à lui accorder en fonction du budget disponible à cette fin ainsi que le nombre du personnel l’ayant sollicité. La file de Kibungo, « une tutsi », refusa catégoriquement l’argent. La raison du refus était que la somme était petite. Seulement elle ne se souciait pas du personnel qui en avait aussi besoin. Si tôt qu’elle en a touché son ami Mfizi, ce dernier ordonna d’accorder cent mile francs rwandais (100,000 FRW) en supplément des deux cent cinquante mille (250,000 FRW) qu’on lui avait attribués. La décision fut prise sans considération du budget de l’Orinfor et sans consultation préalable du gestionnaire dudit budget.

Parlant de journalistes envoyés en mission de reportage pour accompagner le Chef de l’Etat, i1 pouvait désigner un animateur des programmes ou un producteur d’émissions qui n’ont rien à avoir avec le reportage et les envoyer pour de telles missions. Bien sûr que la qualité du travail en souffrait. Ils faisaient de la production au lieu du travail de reportage. C’est ainsi que le jour où nous fûmes attaqués pas les Inkotanyi, Agnès Murebwayire (dont tout le monde commit l’histoire) se trouvait en mission aux Etats Unis d’Amérique.

On rapporte que le premier octobre, quand on lui a appris que le Rwanda a été attaqué, Agnès Murebwayire qui était informée du plan de Rwigema et ses collègues, aurait dit : « Ah ! c’est bien vrai ! Nous sommes le premier ». Tout cela s’inscrivait dans le cadre du favoritisme.

Nous avons précédemment parlé des stages : Mfizi n’envoyait pas de fonctionnaires en stage dans le but d’améliorer leurs connaissances. Il pouvait vous prendre un agent du secrétariat ou de la comptabilité et le désigner pour aller suivre un stage destiné aux journalistes. Il pouvait aussi envoyer un agent en stage préparé dans une langue qu’il ne comprenait pas alors que ceux qui la comprenaient étaient disponibles.

Christophe Mfizi était aussi un homme fier, se croyant le seul détenteur de diplôme et celui qu’il possédait (Licence) était le meilleur de sorte qu’il ne considérait pas les licences de son personnel ou ceux de ces collègues, a moins qu’ils n’aient fréquenté le Christ-Roi de Nyanza et ne soient sortis diplômés de Louvain en Belgique. En plus ils devaient maîtriser les langues…!

Dans sa fierté, Christophe Mfizi, dans son discours d’adieu a son successeur au poste de Directeur de l’Orinfor, a l’Hôtel Kiyovu, s’est exclamé : Je laisse des projets encore en fondation. Je pars sans pouvoir être a la tête d’une Radio avec un émetteur pouvant couvrir toute l’Afrique. Je pars sans diriger la Télévision rwandaise ». Il croyait être le seul capable d’achever ses projets encore en fondation. Pourtant on rapporte que le budget prévu pour cette télévision aurait été dépensé avant qu’elle ne commence.

Christophe Mfizi mordait aussi dans le racisme. C’est quelqu’un qui se comportait comme un noble, pourtant si on observe bien, il ne leur ressemblait pas. Il s’associait à ceux qu’ils croient être des ‘nobles’ comme lui. Il appelait les autres des « Hutus ». Il attachait beaucoup d’importance a l’ethnie du personnel, comme si c’était l’ethnie qui faisait le travail. Quand il s’agissait de dames ou de demoiselles c’était plus grave. Pour qu’il puisse vous engager, il fallait d’abord avoir un beau visage (un bon nez). Il était connu de tout le monde que Orinfor regorgeait de filles de beauté. Il paraît qu’il passait la journée a demander à ses « secrétaires particulières » si elles étaient de la vraie « noblesse o. Elles, bien sûr, le lui confirmaient et le lui prouvaient en tout!

Tel est celui qui avait écrasé les gens parce qu’il se croyait intellectuel ! Il était bien connu pour son éloquence! Rappelons qu’il avait promis de faire tout ce qui est de son pouvoir pour saboter son successeur, Cela peut se vérifier dans des articles que Mfizi va souvent publier dans certains journaux privés du Rwanda.